Exposition – « The Defeated : The Aesthetics of Resistance 2026 » à Bonniers Konsthall, Stockholm
« Si nous voulons nous attaquer à l’art et à la littérature, nous devons les aborder à contre-courant, c’est-à-dire éliminer tous les privilèges qui y sont associés et y projeter nos propres exigences. Pour nous retrouver nous-mêmes, disait Heilmann, nous devons recréer non seulement la culture, mais aussi l’ensemble des sciences et de la recherche universitaire, en les mettant en relation avec nos préoccupations. »
– Peter Weiss, L'esthétique de la résistance
Bonniers Konsthall de Stockholm présente une exposition collective inspirée du roman *L’Esthétique de la résistance* (1975-1981) de l’auteur, dramaturge et artiste suédo-allemand Peter Weiss, sous le commissariat de François Piron et Kim West. À cette occasion, Hamedine Kane et Valérie Osouf, de L'École des Mutants, ainsi que Cheikha Sigil, dévoilent« Where the Seams Hold Against the Fixed Narrative », une nouvelle œuvre créée en collaboration avec Caroline Blache, Sène Cissande, Corinne Blouet et Ange Petit.
« La cinéaste Valérie Osouf et l’artiste plasticien Hamedine Kane sont tous deux membres de l’École des Mutants, un collectif international d’artistes qui tire son nom d’une université utopique fondée à la fin des années 1970 par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor sur l’ancien comptoir négrier de l’île de Gorée. La contribution d’Osouf et de Kane à l’exposition, intitulée *Where the Seams Hold Against the Fixed Narrative* (2026), prend la forme d’un grand assemblage textile installé comme une voile de bateau, évoquant le tableau de Géricault *Le Radeau de la Méduse* (1819), auquel une interprétation approfondie est consacrée au début du deuxième volume de l’ouvrage de Peter Weiss *L’Esthétique de la résistance*. Le tableau représente les survivants du naufrage du navire français Méduse, dérivant sur un radeau près des côtes mauritaniennes. Weiss décrit l’homme noir situé au sommet du radeau comme « le seul à disposer d’un espace libre devant lui » et interprète le tableau de Géricault non seulement comme une prise de position antiraciste, mais aussi comme un rêve de fin de l’oppression au cœur de la tragédie la plus effroyable. Kane et Osouf souhaitent que leur voile aux multiples facettes reflète non seulement la perspective depuis le radeau, mais aussi celle des populations de la côte africaine.
Les artistes s'inspirent de la pratique de montage documentaire de Weiss dans *The Aesthetics of Resistance* et assemblent une myriade d'images liées aux mouvements de libération et d'émancipation, aux luttes passées et récentes, ainsi qu'à des portraits de héros et d'héroïnes célèbres ou anonymes. Ils relient différentes époques et différents lieux pour faire revivre les réseaux qui constituaient les forces de l’internationalisme, du panafricanisme, du tricontinentalisme et d’autres alliances qui unissaient les peuples et les mouvements que certains considéraient autrefois comme vaincus. »
- François Piron
Photo : Bonniers Konsthall (Jean-Baptiste Béranger)