Exposition — « Amílcar Cabral : vers un humanisme radical » au MansA, à Paris
Du 16 octobre au 13 décembre 2026, MansA, à Paris, consacre une exposition à Amílcar Cabral (1924-1973), révolutionnaire, théoricien, ingénieur agronome et figure de proue des mouvements d’indépendance africains. Organisée par Armelle Dakouo et Ângela Benoliel Coutinho, d’après un concept original de Paula Nascimento, l’exposition « Amílcar Cabral : vers un humanisme radical » établit un dialogue entre ses idées et l’art contemporain à travers les œuvres de neuf artistes issus de l’Afrique lusophone et d’ailleurs.
Qu'est-ce que Cabral a encore à nous dire aujourd'hui ?
Plus de cinquante ans après son assassinat, les idées d’Amílcar Cabral continuent d’alimenter les débats sur la souveraineté, les inégalités mondiales, les déplacements de population et les crises écologiques. Son approche — comprendre le monde pour mieux le transformer — et sa conception de la culture comme force d’émancipation continuent de fournir des outils pour réfléchir aux liens entre culture, pouvoir et liberté. Pour Cabral, la libération nationale ne se limite pas à l’obtention de l’indépendance politique : elle implique une transformation profonde des sociétés, des cultures et des consciences. La terre, l’art et la culture ne se situent pas en marge de la lutte politique, mais sont au cœur même de la construction d’une nouvelle société. L’exposition explore la pertinence toujours d’actualité des idées de Cabral en les mettant en regard avec les perspectives d’artistes contemporains.
Une philosophie en dialogue avec l'art contemporain
Les œuvres de Nú Barreto, Diogo Bento, Filipa César, Monica de Miranda, Bento Oliveira, Hamedine Kane, Yuran Henrique, Sónia Vaz Borges et Sarah Maldoror forment ensemble une géographie vivante de ce que Cabral appelait la « luta » — la lutte. Réunissant des artistes de Guinée-Bissau, du Cap-Vert, du Sénégal et du Portugal, l’exposition instaure un dialogue entre textiles, photographie, installation, vidéo et dessin, explorant ainsi les concepts au cœur de la pensée de Cabral : identité, nation, appartenance et résistance culturelle. Ici, les pratiques contemporaines croisent les archives et les héritages culturels. Les films de Sarah Maldoror — cinéaste pionnière et figure engagée dans les luttes de libération — jouent un rôle particulièrement fondamental dans l’exposition. *Fogo*, *Île de Feu*, *Carnaval dans le Sahel* et *A Bissau, Le Carnaval* explorent plus en profondeur le thème de la culture en tant qu’espace de réappropriation, de mémoire et de résistance. À travers leurs visions artistiques, les neuf artistes invités ne cherchent pas à illustrer les idées de Cabral, mais plutôt à entrer en dialogue avec elles, à approfondir les questions qu’elles soulèvent ou à réinventer leurs perspectives. L’exposition nous invite ainsi à considérer Cabral non seulement comme une figure majeure des luttes de libération africaines, mais aussi comme un corpus de pensée à remettre en circulation, à confronter au présent et à engager dans un dialogue avec les œuvres créatives de notre époque.
À cette occasion, Hamedine Kane a créé deux nouvelles œuvres textiles rendant hommage à la fois à Amílcal Cabral et à Sarah Maldoror.