Naomi Lulendo

LUMEN

Naomi Lulendo

Lumen

6 novembre 2026 – 27 mars 2027

Vernissage le 18 novembre 2026, de 18 h à 21 h

Selebe Yoon a le plaisir de présenter « Lumen », une exposition personnelle consacrée aux nouvelles peintures de Naomi Lulendo à l’occasion de la 16e Biennale de Dakar. Tirant son titre du mot latin signifiant « lumière », « Lumen » aborde la lumière à la fois comme une expérience intime et sacrée et comme un phénomène physique et chromatique. Composées de multiples éléments, les peintures révèlent des espaces intérieurs en équilibre entre architecture physique et apparitions oniriques. Chaque fragment évoque une fenêtre ou un passage reliant le monde clos et intime au monde extérieur et à la nature. À travers ces œuvres, la lumière apparaît comme une intrusion divine.

Deux tableaux majeurs se font écho : *Nigra sum et formosa* (« Je suis noire et belle »¹) et *Pulchra ut Luna* (« Belle comme la Lune »). Leurs titres latins, tirés du Cantique des Cantiques biblique, évoquent un amour mystique et transcendant. Dans le premier, une colonne centrale, à peine discernable de l’arrière-plan, structure l’espace domestique. Avec ses contours baroques, elle rappelle la figure de la « potomitan » dans l’œuvre de l’artiste : à la fois la femme en tant que pilier de la culture créole et la colonne centrale qui soutient les temples vaudous. Une ouverture sur un ailleurs se prolonge dans le deuxième tableau, où l’extérieur devient un portail de lumière. Ici, la colonne-cariatide prend une présence corporelle, couronnée d’un halo lumineux. Évoquant les rythmes célestes de l’aube et du crépuscule, les œuvres tracent une transformation alchimique et chromatique de l’obscurité vers la lumière, reliant les métamorphoses de la matière à un voyage spirituel incarné par la figure féminine rayonnante du deuxième tableau.

Passant de pigments sombres et mats à des reflets nacrés, ces œuvres explorent égalementle clair-obscur tant dans ses dimensions chromatiques que dans ses résonances raciales. Le noir se déploie à travers une multiplicité de teintes, de nuances et de textures, révélant sa capacité à refléter la lumière, tandis que le blanc émerge comme une tension éblouissante. Le choix de traduire « Nigra sum et formosa » par « Je suis noire et belle » affirme une continuité entre la négritude et la beauté. Les intérieurs acquièrent ainsi une dimension corporelle, conférant à la négritude une présence souveraine.

S'inspirant directement des compositions des tapisseries de Saumur, où plusieurs espaces coexistent sur une même surface au sein de décors à dominante végétale, Lulendo introduit des motifs floraux qui tapissent le sol de ses tableaux. Ce revêtement textile fait écho aux tissus à motifs floraux venus d'Inde qui ont façonné les intérieurs européens à la suite de l'expansion commerciale et coloniale. L'espace domestique est également exploré à travers la présence de tapis dans trois autres œuvres intitulées « Triptyque du Paradis ». Ici, Naomi Lulendo examine des allégories d’une nature imaginaire, composant une Arcadie façonnée par la tension entre le jardin idéal et l’espace clos — une tension inscrite dans l’étymologie persane du mot « paradis ». À l’instar des tapis persans, la toile encadrée s’ouvre sur un monde céleste : un espace qui suggère l’infini tout en restant confiné à l’intérieur de limites tangibles. Les multiples fonctions du tapis – en tant qu’objet du quotidien, lieu de sociabilité et moyen de délimiter un espace sacré – révèlent comment une seule et même entité peut receler différentes significations et osciller entre celles-ci.

S'inspirant des représentations de la nature dans la peinture classique européenne ainsi que dans les traditions visuelles perses et caribéennes, ces œuvres composent un univers syncrétique où les langages visuels, les corps et les architectures entrent en dialogue. L’iconographie chrétienne s’entremêle à des références symboliques et formelles au monde naturel, nourries par les liens maternels de l’artiste avec la Guadeloupe, aux côtés de motifs puisés dans les univers indo-persans. Ici, les formes changent de statut : la colonne devient un corps, l’intérieur devient un paysage, le tapis devient un jardin. Ces variations sémantiques et symboliques soulèvent des questions sur la représentation et les imaginaires qui l’habitent.

  1. L'artiste choisit délibérément cette traduction pour contrebalancer l'expression « Nigra sum, sed formosa », historiquement traduite par « Je suis noire, mais belle », dont la conjonction révèle un préjugé racial en opposant la négritude et la beauté.

Copyright du texte : Selebe Yoon

6 novembre 2026 – 27 mars 2027

Biographie de l'artiste

Naomi Lulendo

© Inès Lulendo

Naomi Lulendo (née en 1994) est une artiste interdisciplinaire franco-guadeloupéenne-congolaise. Son travail prend la forme de puzzles, de peintures, de photographies, d’installations et de performances, et s’inspire de l’esthétique des objets manufacturés, de la série ou du fragment. Elle est titulaire d’un DNSEP des Beaux-Arts de Paris (2018) et d’un post-diplôme en art et recherche à l’ENSBA de Lyon (2025), sous la direction d’Oulimata Gueye.

Son approche artistique repose sur la mise en relation de différentes formes d’expression et de représentation, telles que l’architecture, le design, le corps, le mysticisme et l’ésotérisme. Les mots, qui jouent un rôle central dans son processus de travail, servent de matière première à la réflexion, lui permettant de recourir à des stratégies telles que le détournement, le jeu, les significations cachées et la fabrication de l’identité. Les images et les symboles qu’elle recense à partir de divers espaces géographiques et/ou historiques lui servent d’outils pour explorer le lien avec un territoire donné, qu’il soit continental, insulaire, réel ou imaginaire.

Mettant souvent en parallèle le corps comme surface et l'espace géographique comme espaces intimes, culturels et sociaux, Naomi Lulendo interroge les relations entre ce que nous ingérons et digérons, ce qui nous traverse, nous absorbe ou nous transporte . Chaque sujet abordé fait l'objet d'une réflexion complexe qui tente de confronter les échelles et les points de vue, les héritages et les mythologies, dans des formes syncrétiques où tout se répond et se correspond.

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