Fatim Soumaré : Djilor
Djilor
Fatim Soumaré6 novembre 2026 – 27 mars 2027
Vernissage le 18 novembre 2026, de 18 h à 21 h
En parallèle de la 16e Biennale de Dakar, Selebe Yoon est heureuse de présenter « Djilor », la première exposition personnelle de Fatim Soumaré à la galerie, où l'artiste dévoilera une série de sept nouvelles œuvres textiles monumentales.
Djilor, un village établi sur les rives du delta du Siin, au sud du Sénégal, où vit et travaille Fatim Soumaré, signifie en sérère « se retirer » ou « choisir un autre lieu ». Selon la tradition orale, le fondateur du village aperçut cette terre en rêve. Pour l'aider à la trouver, une femme nommée Ndé Thioro lui offrit une bobine de coton filée à la main ; en déroulant le fil, son chemin se révéla. Ainsi, à l'origine de Djilor se trouve un fil, toujours tissé par des mains de femmes, reliant le rêve à la terre et à ses multiples reliefs.
Entre les colonnes de l'édifice s'élèvent sept œuvres monumentales composées de coton et de matériaux collectés lors d'un voyage du Cap-Vert au Maghreb, jusqu'au Brésil. Déployés horizontalement, les fils forment des lianes apparemment sans fin, traçant une carte entrelacée à la fois abstraite et ancrée dans des lieux précis. Des objets portant l'empreinte des gestes, des techniques et du savoir-faire des lieux traversés ponctuent les œuvres : perles de terre cuite, coquillages et coquilles d'huîtres, rouets et ancres en métal utilisés par les pêcheurs de Ndangane, au Sénégal ; becs verseurs en bronze de Ouagadougou, au Burkina Faso ; vieilles manilles récupérées au port de Dakar – objets dont les usages changeants au fil du temps témoignent, à bien des égards, des paradoxes de l'histoire humaine : d'abord ornements au royaume du Dahomey, puis monnaie d'échange dans la traite transatlantique des esclaves, puis entraves aux poignets et aux chevilles des personnes réduites en esclavage, et plus tard outils de manutention ; sable de Gabès, en Tunisie ; écailles de poisson des eaux d'Itaparica, au Brésil ; et des chutes de laine provenant de tapis amazighs, façonnées par les derniers artisans tondeurs de Khénifra, au Maroc.
Pratique ancestrale porteuse de mémoire, le tissage se déploie dans l’œuvre de Fatim Soumaré comme un langage partagé, un moyen de narration et une métaphore des liens physiques et sociaux. L’artiste explore l’histoire du cotonnier et sa circulation précoloniale à travers le continent africain, notamment le long des routes transsahariennes, ainsi que les pratiques vernaculaires et les savoirs technoculturels qui se sont développés autour de sa transformation. Elle étudie les variations du métier à tisser traditionnel, les fonctions sociales et symboliques qui lui sont attachées, ainsi que les bouleversements engendrés par l’exploitation industrielle du coton et les conséquences de l’industrialisation mondialisée.
Évoquant une succession de portes, les œuvres de l'exposition « Djilor » tracent une infinité de parcours possibles pour les visiteurs. En tant qu'élément architectural, une porte peut marquer l'entrée monumentale d'une ville, telle la majestueuse porte d'Ishtar ; subsister comme vestige d'une enceinte disparue ; signaler le passage vers un espace sacré ; ou incarner l'intimité, l'accueil et l'hospitalité au sein du foyer. Pourtant, les portes de Fatim Soumaré se distinguent de toute enceinte. Souples et perméables, sensibles aux mouvements de l'air et au passage des corps, elles ne ferment ni ne défendent un territoire : elles nous invitent à imaginer un lieu où différentes géographies – tangibles ou imaginaires – pourraient se rencontrer. D'une œuvre à l'autre, chaque seuil semble en annoncer un nouveau, maintenant le visiteur dans une zone de passage perpétuelle, dans une pérégrination continue. De leur apparence monochrome à leurs fibres tangibles, les œuvres de Fatim Soumaré prennent soin, protègent et réparent les héritages passés et ceux qui sont en train de se tisser.
Telles des palimpsestes, ces œuvres recèlent à la fois plusieurs lieux et conservent les traces des voyages qui les ont façonnées : ceux des objets qui les composent, des mains qui ont contribué à leur création et des histoires qui s'y tissent. Ici, le fil conducteur traverse les territoires autant qu'il relie les êtres. Pour l'artiste, il devient un moyen de susciter des rencontres, d'organiser l'échange de connaissances et d'assurer la pérennité des savoir-faire traditionnels. Chaque œuvre est ainsi un réceptacle d'histoires, de connaissances et d'expériences partagées.
© Texte : Jennifer Houdrouge
6 novembre 2026 – 27 mars 2027
Biographie de l'artiste
Fatim Soumaré
© Fatim Soumaré
Fatim Soumaré est une artiste plasticienne et chercheuse sénégalaise née en 1989 au Sénégal et basée dans la région du Sine-Saloum. Son travail est ancré dans l'artisanat textile traditionnel de l'Afrique de l'Ouest, qu'elle a découvert grâce à sa mère, une teinturière traditionnelle. Sa pratique artistique se concentre sur les méthodes socioculturelles et culturelles de transmission des connaissances vernaculaires, qu'elle explore à travers la sculpture tissée, les installations immersives, la vidéo et la performance. Le travail de Fatim Soumaré souligne l'importance du maintien et de l'évolution de l'artisanat traditionnel dans des contextes contemporains, apportant ainsi une contribution significative à l'écosystème rural du Sénégal.
En 2021, Fatim fonde Falé, un collectif de 200 artisanes, et met en place un atelier-laboratoire dédié à la recherche sur le coton. Cette initiative s'intéresse à la transformation du coton au fil du temps, comme fil conducteur d'une réflexion sur les transmutations divergentes de nos sociétés modernes.
En 2024, Soumaré étudie les arts de la fibre et du textile à l'Atelier Aux Fils de l'Arz, à Peillac, en France. Son travail a fait l'objet d'expositions individuelles : Résurgence de l'Oasis [La route des caravanes], Centre d'art La Boîte, Tunis, Tunisie (2025), Les antiquaires, Marché de Pinda Lodj, Île de Mar, Mar Lodj, Sénégal (2024), Lam we nu kawuluxe [Les descendants du griot], OFF Dak'Art, Agence Trames, Dakar, Sénégal (2024). Elle a a ainsi participé à de nombreuses expositions collectives, telles que "Sympnée", commissariat de Camille Lévy Sarfati, Selebe Yoon, Dakar, Sénégal (2025), "Unbearable Border", 4ème Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadougou [BISO], Ouagadougou, Burkina Faso (2025), "Deconstruction, Reconstruction", Łódź International Tapestry Triennial, sous le commissariat de Marta Kowalewska & Bukola Oyebode-Westerhuis, Central Museum of Textiles, Łódź, Pologne (2025), "Campfire", projet d'espace public Bonfire [Bålprosjektet] de Signe Domogalla & Lars Arstad, Utladalen National Park Center, Norvège (2025), "Ndiaxass [Patchwork]", sous le commissariat de Torunn Skjelland & Samba Fall, Intercultural Museum, Oslo, Norvège (2024), "Yoonu ci biir [The Inner Path]", Exploring Art, Teraanga, and Social Change, The Wellbeing Project, the Wellbeing Summit Dakar-Thiès, sous le commissariat de Mauro Petroni, Maurice Gueye Cultural Center, Tostan Inc, PARTCOURS 12, Rufisque, Sénégal (2023), exposition itinérante "Sur le fil : de Dakar à Paris", sous le commissariat de Olivia Marsaud, Le 19M, Paris France et "Sur le fil" Le 19M-IFAN, Dakar, Sénégal (2023), "ROOFOO (Intimate mix)", Atiss Gallery, PARTCOURS 11, Dakar, Sénégal (2022), "Fusion Vegetalis", Centre Culturel Camille-Claudel, FITE - Biennale du Textile, Clermont-Ferrand, France (2022).