Naomi Lulendo
Courtesy Morel Wichédé Sèdami Donou, 2023.
Naomi Lulendo (née en 1994) est une artiste interdisciplinaire franco-guadeloupéenne-congolaise. Son travail prend la forme de puzzles, de peintures, de photographies, d’installations et de performances, et s’inspire de l’esthétique des objets manufacturés, de la série ou du fragment. Elle est titulaire d’un DNSEP des Beaux-Arts de Paris (2018) et d’un post-diplôme en art et recherche à l’ENSBA de Lyon (2025), sous la direction d’Oulimata Gueye.
Son approche artistique repose sur la mise en relation de différentes formes d’expression et de représentation, telles que l’architecture, le design, le corps, le mysticisme et l’ésotérisme. Les mots, qui jouent un rôle central dans son processus de travail, servent de matière première à la réflexion, lui permettant de recourir à des stratégies telles que le détournement, le jeu, les significations cachées et la fabrication de l’identité. Les images et les symboles qu’elle recense à partir de divers espaces géographiques et/ou historiques lui servent d’outils pour explorer le lien avec un territoire donné, qu’il soit continental, insulaire, réel ou imaginaire.
Mettant souvent en parallèle le corps comme surface et l'espace géographique comme espaces intimes, culturels et sociaux, Naomi Lulendo interroge les relations entre ce que nous ingérons et digérons, ce qui nous traverse, nous absorbe ou nous transporte . Chaque sujet abordé fait l'objet d'une réflexion complexe qui tente de confronter les échelles et les points de vue, les héritages et les mythologies, dans des formes syncrétiques où tout se répond et se correspond.
Ses dernières recherches, qui s'appuient sur la vie végétale et ses transformations, visent à réexaminer le pouvoir régénérateur des récits alternatifs, en explorant les liens entre le corps exploité, la nature colonisée et leurs histoires communes de déplacement, dans un contexte transcontinental et mondial où les notions de corps étrangers et d'aliénation sont considérées comme des états d'être dont les modalités d'existence sont en perpétuelle redéfinition.
Intéressée par les cosmologies, Naomi Lulendo puise dans les langages, les récits et les esthétiques de ses origines créoles et africaines. Dans la série "Potomitan", présentée à Selebe Yoon en 2023 et au Palais de Tokyo en 2024, l'artiste a imaginé un ensemble de sculptures totémiques en métal, céramique, bois ou vannerie qui évoquent la figure du "Potomitan", qui signifie poteau central en créole, en référence au poteau de bois décoré au centre du temple vaudou, intermédiaire entre le monde matériel et le monde spirituel. Le dialogue visuel entre langage, corps et architecture se métamorphose en un ensemble syncrétique, où le détour et les jeux linguistiques brouillent le sens habituel du signifiant-signifié. Le Potomitan n'est plus seulement un élément architectural du culte vaudou, c'est une entité corporelle, une personnification, une présence. Colonne ou corps, le Potomitan, en tant qu'architecture et personnification, représente aussi pour l'artiste un hommage à la figure de la Mère.
Dans ses séries de puzzles, Naomi Lulendo détourne souvent une pièce du jeu, nous invitant à nous interroger sur l'absence créée dans la surface. Ses séries sont souvent composées d'images tirées de magazines de mode, ou de ses propres autoportraits déformés sur des tissus aux motifs variés - comme dans la série "Faites vos Je", que l'artiste continue de développer.
Dans le cadre de son post-diplôme en arts aux Beaux-Arts de Lyon, Lulendo a concentré ses recherches sur les cotonnades. Partant de la circulation des Indiennes [un type de tissu en coton] entre l’Asie, l’Europe et les Caraïbes à partir du XVIIe siècle, elle mène une réflexion sur l’histoire impériale à travers l’histoire des marchandises et leur impact sur l’histoire des techniques, la botanique, l’architecture industrielle et le style.
Œuvres
Biographie
Courtesy Ines Lulendo, 2025
Naomi Lulendo, née en 1994 en France, est une artiste franco-guadeloupéenne-congolaise. De la photographie à la céramique, en passant par l'installation et la vidéo, elle utilise dans son travail le concept de "détournement" des mots, des significations, des objets et de l'identité.
Naomi Lulendo est titulaire d'un MFA de l'École des Beaux-Arts de Paris (2018). Tout au long de sa formation, Pascale Marthine Tayou est devenue son mentor.
Elle a réalisé deux expositions personnelles : " Bleu Miroir " à l'Agence Trames à Dakar, Sénégal (2021) ; " Faites vos Je " aux Beaux-Arts, Paris, France (2018).
En 2021, elle fait partie des artistes sélectionnés par Zeitz MOCAA pour rejoindre Unfinished Camp, un réseau international permanent d'artistes et d'institutions artistiques sur six continents, conçu et dirigé par Hans Ulrich Obrist et András Szánto. Elle a également été résidente à la 5 session Germination de la Raw Académie, sous la direction de l'artiste Otobong Nkanga (2018).
En 2024, elle entre en résidence à la Cité internationale des Arts à Paris et rejoint le Post-diplôme Art de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon, dirigé par la commissaire d'exposition et critique d'art Oulimata Gueye. Son travail a été inclus dans plusieurs expositions collectives, notamment Deichtorhallen, Hambourg (2025) ; Palais de Tokyo, Paris (2024) ; Selebe Yoon, Dakar (2023, 2024) ; Zeitz MOCAA, Cape Town (2021) ; Pivô Art Center, São Paulo (2021) ; Comédie de Caen (2021) ; HEK - House of Electronic Arts, Basel (2021) ; The Shed, New York (2021) ; Galerie 31Project, Paris (2021) ; Galleria Continua, Les Moulins (2016) ; Palais des Beaux-Arts, Paris (2015, 2019).
Naomi Lulendo a également créé plusieurs performances publiques, au FRAC Champagne-Ardennes, dans le cadre du festival FAR AWAY (2023) ; au Bétonsalon - Centre d'art et de recherche, à Paris, en France, lors du programme Bivouac #2 organisé par la Raw Material Company (2020) ; à la Galerie Allen, à l'invitation du collectif Prologue (2019), et à la Raw Material Company (2018).