Alioune Diouf
« Ak Jàmm »
30 avril 2026 - 25 juillet 2026
Alioune Diouf
« Ak Jàmm »
30 avril 2026 - 25 juillet 2026
Vernissage le 30 avril, de 18 h à 21 h
Présenter l’œuvre d’Alioune Diouf, six années après l’inauguration de notre lieu, c’est montrer la quête inlassable d’un artiste à la recherche des humanités possibles par l’œuvre artistique ; c’est réitérer l’importance d’un message intemporel et pourtant difficilement audible. La répétition de ces personnages, de ces communautés humaines qui nous observent, nous parle de la possibilité pour l’homme de côtoyer le sacré, par-delà le religieux. “Ak Jaam” signifie en langue wolof « avec paix » et s’annonce ici telle une formule de prière.
D’ethnie sérère, agriculteur dans sa jeunesse, Alioune Diouf a vécu de longues années au 17 rue Jules Ferry, en centre-ville de Dakar, dans la cour du Laboratoire Agit’Art — dite cour d’Issa Samb, son compagnon de route depuis 1989. En tant qu’ « enfant de la cour », il a absorbé tant l’héritage artistique des années 1990 post-indépendance que la vitalité subversive qui a défini cette époque. Cette vitalité se retrouve dans son œuvre, empreinte de poésie et de compassion, par un appel à la vie, au souffle vital, à la réconciliation. Si certaines compositions évoquent des figures auréolées proches de l’iconographie religieuse, d’autres — peuplées de silhouettes hybrides — convoquent des réminiscences de la statuaire ouest-africaine. Au-delà de toute référence précise, ces assemblées de personnages visent à rassembler les spiritualités du monde dans un enchevêtrement de symboles et de compositions florales et géométriques.
Deux séries se distinguent au sein de l’exposition. La série sur fond noir articule peinture et couture, intégrant le motif récurrent de l’oiseau. « L’oiseau est esprit », affirme l’artiste et se présente dans ses toiles comme une possibilité existentielle pour l’homme, dans une forme d’écologie fondamentale. Alioune Diouf accorde également une attention particulière à l’ornement, notamment par les vêtements des personnages aux motifs géométriques qui unissent l’assemblée et structurent la toile. D’autres œuvres présentent des personnages entourés de compositions florales telles des enluminures, comme si l’élégance pouvait, elle aussi, combattre les maux du monde.
Son autre série réalisée à proximité du Lac Rose au Sénégal, dévoile une palette aux pigments naturels. Les mêmes personnages semblent sortir de terre, à coups d’argile diluée, d’extraits de feuilles d’hibiscus, ou encore d’une mare de graines de café apposée sur la toile. Laboureur de la terre comme de l’existence, Alioune Diouf inscrit ses personnages dans des champs floraux qui rappellent leur appartenance fondamentale au vivant.
Silencieuse et profondément attentive à l’altérité, son œuvre engage une manière d’être au monde, une pratique d’une humanité en devenir. Répétitive et intemporelle, son œuvre est aujourd’hui plus que jamais nécessaire dans l’élan vital qu’elle nous appelle à protéger et perpétuer.
© Rédigé par Jennifer Houdrouge | Droits d'auteur du texte : Selebe Yoon
Photos : Claudia Maurino
Biographie de l'artiste
Mamadou Ly
Alioune Diouf (né en 1964 à Dakar) est un artiste sénégalais d'origine sérère. Peintre et sculpteur, il utilise une grande variété de matériaux. Il crée ses propres pigments, coud ses toiles et réalise des sculptures à partir d'éléments naturels de l'environnement. Son univers pictural se caractérise par l'imbrication de personnages, d'animaux, de motifs cosmiques et floraux, ainsi que par un symbolisme spirituel et sacré.
Il poursuit une éducation coranique tandis que sa formation artistique se fait en plein air dans l'observation directe du monde et au contact d'une large communauté d'artistes. En 1989, il rencontre la figure emblématique du Sénégal dans le domaine des arts, Issa Samb, qui l'invite à rejoindre la célèbre cour du 17 Jules Ferry et devient membre du Laboratoire Agit' Art, l'un des premiers et plus importants collectifs d'artistes fondé en 1974, qui organisait des expérimentations et des performances artistiques. Alioune Diouf y a vécu pendant 28 ans, participant aux happenings et ateliers d'improvisation du collectif, transformant constamment la cour tout en développant sa pratique personnelle. Dans l'effervescence de cette communauté, il a développé sa pratique artistique sans relâche.
En tant que peintre et sculpteur, Alioune Diouf utilise une grande diversité de matériaux : il produit ses propres pigments à partir d'argile, de noix de kola et de café et de plantes, et utilise dans son site Oeuvres des chutes de textile et de couture. Ses sculptures, qu'il s'agisse de pièces monumentales en sable ou de pièces en bois sculpté, sont réalisées à partir de matériaux naturels. Son univers pictural se caractérise par des figures entrelacées, des animaux et des motifs cosmiques et floraux, ainsi que par un symbolisme spirituel et sacré. En 2020,
Alioune Diouf a présenté une exposition personnelle intitulée « Ubeku » à la galerie Selebe Yoon, à Dakar, au Sénégal, à l’issue d’une résidence de deux mois au « Pavillon de l’Institut français » de Dakar, au Sénégal, en 2019. Son travail a été présenté dans plusieurs expositions collectives, notamment : « More than meets the eye », au Musée Rath, à Genève, en Suisse (2025) « Un voyage à Nantes », Nantes, France ; « Nous les vagues » - MAT, Centre d'art contemporain, Montrelais, sur les bords de la Loire, France (2024) ; « Entre Parenthèses », Selebe Yoon, Dakar, Sénégal (2024) ; « Sur le Fil », au Musée Théodore Monod, Dakar, Sénégal, et à la Galerie 19M, Paris, France (2023) ; « Quand les Arbres s'enracineront dans la Terre » à la Résidence de l'ambassadeur de France, Biennale Dak'Art, Dakar, Sénégal (2022) ; « Teg Bët Gëstu Gi » au Musée Théodore Monod (IFAN), co-organisée par l'historienne de l'art Emmanuelle Chérel, Dakar, Sénégal (2022) ; « How to talk with birds, trees, fish, shells, snakes, bulls and lions » à la Hamburger Bahnhof de Berlin, en Allemagne, en 2019, où ses œuvres personnelles et ses collaborations avec Issa Samb ont été exposées. Avec Le Laboratoire Agit'Art, il a participé à des expositions telles que « Le Congrès de Minuit », Biennale de Dakar, OFF, Dakar, Sénégal (2016) et « La Cloche des Fourmis », Biennale de Dakar, OFF, Dakar, Sénégal (2018). Son travail est présenté dans l'exposition. Diouf sera en résidence à La Maison Julien Gracq, en collaboration avec Le MAT, Centre d'art contemporain, Montrelais, France, (2024) ; il a effectué des résidences chez Selebe Yoon, à Dakar, au Sénégal (2020) et à la Meet Factory, un centre d'art contemporain à Prague, en République tchèque, (2015).
Ses œuvres font partie d'importantes collections publiques et privées, notamment les Beaux-Arts de Nantes, en France, et la Maison des Esclaves, sur l'île de Gorée, au Sénégal, ainsi que de nombreuses collections privées aux États-Unis, en Europe et en Afrique, telles que la collection Jom, à Dakar, au Sénégal, et la collection de la banque CBH, à Zurich, en Suisse.
Alioune Diouf vit et travaille à Dakar.