Pap Souleye Fall

© Arthur Pequin

Dès son enfance, Pap Souleye Fall (né aux États-Unis en 1994) est nourri par les cultures populaires de ses deux pays: les États-Unis et le Sénégal. Iel se passionne pour les mangas, le Black Cosplay et les jeux vidéos—des influences qui demeurent au cœur de son langage visuel. Sa pratique se construit à partir de la fiction spéculative, des esthétiques de sous-cultures et des fandoms sur Internet. C’est avec la logique du world-building des jeux vidéo et de la bande dessinée qu’iel élabore un univers fictionnel où se rencontrent cultures digitale et populaire.

DEAD PIXEL, l’univers dont Pap Souleye Fall est autant créateur que protagoniste, est une constellation de personnages, d’images et de symboles empruntés à la culture visuelle médiatique et au cosplay dont les significations demeurent en perpétuelle transformation. Cet univers est fondé sur un corpus de récits, de motifs et d’idées récurrentes traversant l’ensemble de son œuvre. En informatique, « dead pixel » désigne un point noir qui apparait à l’écran lorsqu’un composant matériel tombe en panne signalant un dysfonctionnement. Ce pixel “mort” reste définitivement éteint et perturbe l’image. Dans le travail de Fall, le “dead pixel” devient une métaphore de dysfonctionnements systématiques et de divergences des phénomènes sociétaux. Pap Souleye Fall ouvre ainsi la voie à de nouvelles narrations des dynamiques de visibilité et d’invisibilité contemporaines.

S’établit alors un flux constant reliant les éléments les plus divers, trouvant connexion par l’installation, la bande dessinée, les jeux et la performance où l’artiste se met iel-même en scène, vêtu de costumes verts en référence aux fonds de tournage et au Dead Pixel qui disparaît laissant après soi le vide. Fall trouble son identité, s'effaçant presque pour laisser place à la spéculation et la fiction comme possibilités fugitives, brouillant la présence entre l'espace digital et le monde physique.

Le corpus d’œuvres créé à partir de l’arachide est emblématique de son travail. À partir de carton et de bidons plastiques, Pap Souleye Fall érige des carcasses démesurées de cacahuètes: tantôt vaisseau spatial, tantôt architecture fluctuante. À travers ces grandes arachides, iel évoque l’histoire de la monoculture de l’arachide au Sénégal, entre gloire économique et corps exploités, en faisant référence à l’ouvrage de Jori Lewis Slaves for Peanuts. Au-delà de d’historiographie, ces œuvres s'apparentent à des réceptacles d’objets trouvés, de la culture visuelle populaire et d’archives personnelles de l’artiste préparées à se propulser dans le metaverse. L’artiste accorde une grande importance aux prototypes, préférant qualifier ses œuvres ainsi pour laisser une constante possibilité d’évolution. 

Des objets à circulation intercontinentale réapparaissent de manière récurrente dans son travail. Fall illustre la perception de ces objets par la culture populaire notamment à travers l’usage de boîtes d’allumettes très répandues, “manufacturé en Suède, vendu au Sénégal”. Iel s’approprie cette illustration stéréotypée d’une Afrique exotique par le cosplay et les codes des jeux vidéo pour libérer l’image d’une projection ultra coloniale, où le “dead pixel” devient autant un personnage imaginé qu’un espace de refuge.

Partout dans son travail, Fall Souleye Fall incorpore les innombrables formes des réalités sénégalaises contemporaines dans l’univers fictif qu’il bâtit, leur détournement parfois absurde perturbant une perception linéaire. L’enjeu est de faire entrer le spectateur lui-même dans la spéculation. 

 

Œuvres

 

Biographie

© Lilah Benetti

Pap Souleye Fall est un·e artiste sénégalo-américain·e, né·e en 1994 aux États-Unis. Iel explore les possibilités transmédiatiques de la sculpture, de l'installation, de la performance, du cosplay, des médias numériques et de la bande dessinée. En 2022, iel a obtenu un master en sculpture à la Yale School of the Arts après avoir étudié à l’Université des Arts de Philadelphie. Iel travaille actuellement à Bedford-Stuyvesant, New York. S’inspirant de la fiction spéculative, de l’esthétique des sous-cultures et des communautés de fans en ligne, Fall développe une pratique ancrée dans la création d’univers. Empruntant des stratégies narratives aux jeux vidéo et à la bande dessinée, l’artiste construit un univers fictif où se croisent les cultures numériques et populaires.

Leurs œuvres ont fait l'objet d'expositions individuelles telles que : HIDDENINPLAINSIGHT, Stellarhighway, Brooklyn, New York (2025), INANUTSHELL, Blade Study, New York, New York (2025), BLUR NEGATIVE SPACES OR and D, Marginal Utility, Philadelphie, Pennsylvanie (2024), SEEINGDOUBLE : Pap Souleye Fall, Rosenwald-Wolf Gallery, Philadelphie, Pennsylvanie (2024), ITAINTTHATDEEP, Gratin, New York, New York (2023), Greenscreen Vortex as Digestive Engine for Digital Matter and Matter, Icebox Project Space, Marginal Utility, Philadelphie, Pennsylvanie (2023), Doomu Dëkk, Galerie Éthiopiques, Saint-Louis, Sénégal (2018), et TAKE ME, Storage Unit, Vox Populi, Philadelphie, Pennsylvanie (2018).

They have also taken part in numerous collective exhibitions, such as, “Blackgrounds. Murmures des Mornes”, at CAPC Bordeaux, France (2026); “On Other Terms”, Subtitled NYC, Brooklyn, New York (2026); “IM/MOBILE”, Selebe Yoon, Dakar, Senegal (2025–2026); “Too Bright to Feel”, Mixed Media Space, North Adams, Massachusetts (2025); “otherwise”, Institute of Contemporary Art, Portland, Maine (2025); “Spaces & Places”, Friedrichs Pontone, New York, New York (2025); “Barnett’s Candelabra”, Below Grand, New York, New York (2025); “Veronica, Veronica”, Hesse Flatow, Amagansett, New York (2025); “Contact Sport”, Canada, New York, New York (2025); “Industrial Dry”, Jack Barrett Gallery, New York, New York (2025); “Block Universe”, Turley Gallery, Hudson, New York (2025); “GIS GIS”, gardeHouse, Lafayette College, Easton, Pennsylvania (2025); “Mad Black Phantasms”, Picture Theory, New York, New York (2024); “Encounters”, Blaise Senghor Cultural Center, Dakar, Senegal (2024); “House Warming”, Bloko 748, Venice, Italy (2024); “</cascading error//errant catalyst/>”, The Arts League, Philadelphia, Pennsylvania (2023); “APRiL (Artists Prospering Really is Limitless)”, Omola Studio, New Haven, Connecticut (2023); “In the Weeds: Camouflage and Its Discontent”, Houseguest Gallery, Louisville, Kentucky (2022–2023); “Next Day Soup”, Yale School of Art, New Haven, Connecticut (2022); “Brought it Home: A Continuum”, Afro-American Cultural Center, Yale University, New Haven, Connecticut (2022); “March Zine”at RAW Material Company, Dakar, Senegal (2020); and traveling exhibitions “The View from Here” at Waru Studio, Dakar, Senegal (2018), the Wright Museum of Art, Beloit, Wisconsin (2018), the Center for Visual Arts Gallery, Kent State University, Kent, Ohio (2019), and Paul W. Zuccaire Gallery, Stony Brook, New York (2019), “VOX XIII: Are ‘Friends’ Electric?”, Vox Populi, Philadelphia, Pennsylvania (2017), “5 into 1”, The Galleries at Moore College of Art & Design, Philadelphia, Pennsylvania (2017), and “Teacher don’t teach me nonsense”, Arronson Gallery, University of the Arts, Philadelphia, Pennsylvania (2017).

Iel a bénéficié de nombreuses bourses et distinctions, notamment le Dedalus Foundation Fund for Past Fellows & Awardees (2023), Black Rock Fellowship (2023), Ilab Fellowship (2023), Dedalus Foundation Emerging Artist Grant (2022) et Alice Kimball Travel Grant at Yale University (2021). En 2017, iel a reçu le prix Florence Whistler Fish Award for Student Excellence, the Sculpture Faculty Award et Philadelphia Sculpture Award à l'Université des Arts, où iel avait reçu précédemment le prix Crozier Prize Fund for Outstanding Achievement by a First‐Year Student (2014).

 

Expositions

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