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Arébénor Basséne

Arébénor Basséne, Solstice Blue 0, 2023, technique mixte sur papier

Fasciné par les civilisations anciennes, qu’elles soient rêvées ou oubliées, des grands empires d’Afrique à ceux de la Méditerranée, c’est néanmoins le bégaiement de l’histoire qui donne naissance à la pratique artistique d’Arébénor Basséne (né en 1974 à Dakar), construite comme autant de témoins imaginaires du passé. Les sources et matériaux anciens, tels que les parchemins ou les vestiges archéologiques, remettent en question nos conditions d’accès à l’histoire — celle du visage originel d’une Afrique fantomatique ou fantasmée, enfouie sous la poussière des siècles passés. Arébénor Basséne puise son inspiration dans les premières migrations africaines vers l’Andalousie, ainsi que dans l’Égypte antique antérieure racontée par Cheikh Anta Diop, et dans la culture diola de sa famille. Il s’intéresse à ces pans de l’histoire difficiles à trouver dans les manuels scolaires, qu’il qualifie d’« histoire non officielle », confrontée à l’étroitesse de la perspective occidentale. Face aux récits pluriels de l’histoire, à ses falsifications et à ses preuves, une tension naît entre « vérité historique et mythe », qui fait jaillir une imagination picturale chez l’artiste. 

À une époque où les artistes s’emparent des archives pour offrir de nouvelles perspectives de diffusion et de mise en valeur, le travail d’Arébénor Basséne prend la forme de reliques qui mettent en lumière les récits d’une histoire longtemps passée sous silence. Il utilise divers matériaux, tels que le papier, la gomme arabique – cette matière première qui a rendu la côte ouest-africaine si attrayante pour les marins étrangers –, mais aussi l’encre utilisée pour les tablettes coraniques, le fouden (henné), des résidus de bois et des pigments naturels de la région de Dakar. Si ses œuvres monumentales sont abstraites, représentant des paysages naturels dépourvus de repères historiques, sa pratique récente intègre des éléments figuratifs. Sur ses toiles ou ses papiers, traités selon la technique du batik, trempés dans des bains de cire et de couleur, sont dessinées des formes humaines en mouvement – parfois uniquement des membres : un bras, un pied, une jambe. Elles matérialisent l’ancrage au sol et rappellent les danses traditionnelles diolas de Casamance, où les danseurs frappent frénétiquement le sol de leurs pieds. 

Telles des archives où survivent des indices historiques, linguistiques et culturels, les figures s’épuisent dans des paysages de textures érodées. Les tonalités ocres marquent le passage du temps et sont entrecoupées de bleu, signe de la modernité venant briser la monotonie des couleurs terre. Inspiré par les écritures anciennes, les gribouillis d’enfants, les graffitis de rue, les gravures rupestres ou les balbutiements écrits des malades mentaux, ses œuvres sont parsemées de signes et formes illisibles. L’artiste place le spectateur dans la position de l’historien, de l’archéologue, du psychanalyste, du scientifique, qui, en découvrant des objets inconnus les transforme en objets d’étude – donnant au spectateur plusieurs manières d’interpréter ces archives visuelles. Or cette impasse intellectuelle est indépassable dans ses pièces – seule une approche sensible des formes, des textures et des couleurs est possible.

 
 
 
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Œuvres

 
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Biographie

 

Morel Wichédé Sèdami Donou

Originaire du sud du Sénégal, en Casamance, Arébénor Basséne est né en 1974 à Dakar. Fasciné par les civilisations anciennes, rêvées ou oubliées, des grands empires d'Afrique à ceux de la Méditerranée, c'est pourtant le bégaiement de l'histoire qui donne naissance à la pratique artistique d'Arébénor Basséne, construite comme des témoins imaginaires du passé.

Il est titulaire d'un master en civilisations et littératures africaines (2012-2013), d'une double licence en anglais et civilisations africaines (2010-2011) de l'Université Cheikh Anta Diop et est diplômé de l'École nationale des arts du Sénégal (1997-2001).

Les œuvres d’Arébénor Bassène ont fait l’objet de plusieurs expositions personnelles : « Tarana », Selebe Yoon, à Dakar, au Sénégal (2024) ; « Que je naisse, tout doux, semant », présentée par Selebe Yoon à L’Atlas à Paris, en France (2023) et « Mots de Neige, Histoires en Sable », Selebe Yoon à Dakar, au Sénégal (2021). Son travail a également été présenté dans les expositions collectives suivantes : « La Terre, le Feu, l’Eau et les Vents – Pour un musée de l’errance avec Édouard Glissant », Instituto Tomie Ohtake, São Paulo, Brésil (2025), « Les Yeux dans les Yeux : Portraits de la collection Pinault », au Couvent des Jacobins, à Rennes, en France (2025), « Au-delà des apparences : art moderne et contemporain d’Afrique », Collection CBH au Musée d’art et d’histoire de Genève – Musée Rath, en Suisse (2025), « The wake, l’éveil, le sillage, Xàll wi », 15e Biennale de Dakar, Anciens Tribunaux de Dakar, Sénégal (2024), « MUTATIONS », Fondation Montresso Art, Marrakech, Maroc (2024), « Entre Parenthèses », Selebe Yoon, Dakar, Sénégal (2024) ; « Sur le fil : broderies et tissage », organisée par 19M, initialement au Musée Théodore Monod (IFAN), Dakar, Sénégal, puis dans leur galerie à Paris, France (2023). Il représente le Pavillon Sénégalais au Musée des Civilisations Noires dans le cadre de la Biennale de Dakar, Dakar, Sénégal (2022) ; il participe à l'OFF de la Biennale de La Havane, Cuba (2019) ; « Junction » au Musée Théodore Monod (IFAN), à Dakar, au Sénégal (2017), ainsi qu’à l’exposition collective à l’Alliance française d’Addis-Abeba, Éthiopie (2017), « Regards sur cours » à l’Institut de Gorée (2017), et figure à la Biennale de Dak’Art dans le cadre de « La Cité dans le Jour Bleu », à Dakar, au Sénégal (2016), sous le commissariat de Simon Njami ; « Le Sénégal à Paris », présenté par la Maison de l’Afrique à la Rotonde de Montparnasse (2011), ainsi qu’à la première commémoration de Cheikh Anta Diop au Centre culturel français (1995).

Ses œuvres font partie de collections privées et publiques internationales telles que la Collection Pinault, Emerige, la CBH Art Collection, la Collection Jom ou l'Instituto Inhotim.

Il est nominé pour le prix Norval Sovereign African Art Prize, à la Fondation Norval à Cape Town, Afrique du Sud et figure parmi les finalistes en (2023); il remporte le prix de la Mairie de Dakar (2022), le prix UEMOA - Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (2016) de la biennale de Dark’Art et Le prix du ministère de la culture au 9ème Salon national des artistes plasticiens (2011).

 
 
 

Expositions

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